L’expérience de Asch : dans la peau d’un résistant

Je suis dans le métro lorsqu’une fille à côté de moi renifle et se mouche plus ou moins dans ses doigts. Je regarde la fille en face de moi et, dans un sourire de connivence, chacune devine le dégoût de l’autre pour ma voisine de droite.
Réitération par ma voisine de droite. Tant pis, je franchis les limites de la bienséance et lui tends un mouchoir. C’est un peu comme tendre un déodorant à un homme dont l’aisselle vous frôlerait le nez. Prenant mon acte pour de la pure bienveillance, la moucharde m’a chaleureusement remerciée. Naïve, en plus d’être enrhumée.
Immédiatement après lui avoir tendu le mouchoir : terreur. Envie irrépressible de me moucher mais j’imagine nombre de scenarios cauchemardesques. Ma voisine de droite pourrait penser que je me fous de sa gueule, ma voisine d’en face pourrait être déçue, et, le plus redoutable, je pourrais passer pour une hypocondriaque aux yeux du wagon rempli d’inconnus.
Pour ne pas sortir mes mouchoirs, j’en suis réduite à renifler à mon tour.
Après 3 arrêts de métro – arrêtsconformisme-moutons-1021x580 durant lesquels je tentais de calculer le temps que je perdrais à sauter hors du wagon pour pouvoir me moucher sur le quai et monter dans le train suivant, dans un wagon rempli de nouveaux inconnus, qui, eux, ignoreraient mon noir secret – je prends sur moi et me mouche. J’ai à peine eu le temps d’effleurer mon nez avec mon mouchoir pour que ma voisine d’en face fasse de même …

Rentrée dans le métro l’esprit libre, j’en ressors 45 minutes plus tard hantée par des questions irrésolues et irrésolvables.  Se serait elle mouchée si je n’avais pas donné l’exemple ? Est-elle de celles qui ne donnent de l’argent aux démunis uniquement lorsque ses amis autour d’elle le font ? Suis-je la réincarnation de Jean Moulin ?

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