L’année de repos d’une angoissée pessimiste, tome 2

J’arrive chez Sketch et ai un interview avec Andrea – probablement l’employée chargée des ressources humaines la plus incompétente de la capitale (attaque non gratuite, une fois n’est pas coutume) – me demande quelles sont mes qualités, je lui dis sans vergogne : « I have great communication skills ». Enfin, si par great communication skills, vous entendez ne jamais admettre avoir tort et hurler sur les gens qui osent vous contredire. Elle m’explique mon rôle : je vais servir l’afternoon tea toute la journée. Elle me dit que tout le monde s’entend bien ici, que ceux qui n’arrivent pas vraiment à s’intégrer s’en vont après quelques semaines. J’ai une boule au ventre. Je ne tolère pas cette idée qu’il y ait un groupe dans lequel il faille rentrer ou crever. Je ne les connais pas mais je les déteste déjà. Andrea me dit de venir faire un jour d’essai la semaine d’après. Maintenant que je les connais, je les déteste davantage. Je reçois un e-mail comportant une offre d’emploi. Preuve implacable de l’incompétence d’Andrea. M’embaucher a été une terrible décision.

J’hésite à accepter : dois-je m’épargner une souffrance supplémentaire ou accepter dans l’unique but d’avoir des anecdotes drôles à raconter ? Attirée par la seconde option, j’accepte. Choix honni dès mon premier jour.

Les tribulations d’un serveur chez Sketch commencent par l’uniforme imposé. Une robe insolite devant être complétée par des chaussures noires de la marque Converse. Je leur dis que je vais le faire, bientôt. Comprendre : je ne sais pas combien de temps je vais supporter ce calvaire, je préfère ne pas risquer un achat inutile. C’était sans compter que, le lendemain, Jean-Jacques – le big boss – débarquerait dans la salle et m’intimerait d’aller m’acheter des Converse sur-le-champ. Ils me rassurent : « tu seras remboursée dans 3 mois ». J’ai tout de suite noté que je ne serai donc jamais remboursée.

Je ne sais pas si ça fait vraiment partie de l’uniforme, mais j’ai l’impression que les serveurs mettaient un point d’honneur à se balader une main dans le dos.

Cette attitude, quoique grotesque, peut être utile. Mise en situation : deux femmes au foyer attendent leurs scones depuis plus de 5 minutes :

  • Si je passe à côté d’elles, tout sourire et bras ballants, elles savent que je suis en train de penser que de toute façon, elles n’ont que ça à foutre, d’attendre leurs scones.
  • Situation radicalement différente si je passe à côté d’elles, un bras dans le dos et affichant un air concerné voire préoccupé, elles se rassurent en se disant, ébahies : « cette femme sait ce qu’elle fait ».

Le serveur chez Sketch a deux activités fondamentales.

  1. Poser des stands de mets sur la table …

    .. et s’atteler à cette tâche horrible qu’est d’expliquer en détails ce que chaque item – sandwich et pâtisseries – contient. A la fin de la première journée, j’ai déjà envie de réformer leur système à la con.

Déjà, expliquer à des gens que le sandwich au saumon est un sandwich au saumon est gênant pour tout le monde :

  •  Pour moi, qui ne sais pas vraiment quoi dire à part « The one with the smoked salmon inside is a smoked salmon sandwich ».
  • Pour eux, qui croient probablement que je les ai jugés incapables de s’en rendre compte par eux-mêmes.
    Deuxièmement, et ce point est très important : TOUT EST ÉCRIT DANS LE MENU.

 

  1. Remplir les tasses de thé des clients.

 

Chez Sketch, on déconne pas avec ça. Tant que les tasses ne débordent pas, Jean-Jacques viendra vous voir et vous demandera « pourquoi j’ai vu plusieurs de vos tables se servir de leur thé toutes seules ? ». Là, il faut être subtil et prendre un air pantois – pour convaincre JJ qu’on se demande comment on a pu laisser la situation dégénérer à ce point – tout en étant résolu : vous vivant, rien de tel ne se reproduira.

A la fin de la journée, reste encore une tâche : nettoyer le chariot à pâtisseries. Pour ce faire, je dois le déplacer dans une autre pièce. Je pousse nonchalamment le 4-roues contre les portes battantes qu’il faut franchir pour y entrer, maltraitant ainsi le pauvre engin contre lesdites portes qui se referment sur lui. Je me retrouve nez à nez avec JJ et, sans mesurer l’ampleur du cataclysme que j’étais en train de causer, continue à m’acharner sur l’objet litigieux. JJ hurle :

« Pourquoi t’en prends pas plus soin ? ».

Merde, comment a-t-il envie que je réagisse ? Il a peut être envie que je sois confuse, je baisse donc les yeux et murmure que je suis désolée.

 

« C’est pas une réponse, ça, désolée. Je t’ai demandé pourquoi »

Comment ça pourquoi ? Je devrais lui présenter ma monitrice de conduite qui me demande pourquoi je cale.

Face à mon silence, il ajoute « tu t’en fous, c’est ça ? ».

Oui JJ, je crois que c’est ça. « Non ».

Il me demande si je sais combien ça coûte. Encore une fois, je ne sais pas comment le satisfaire : demander combien ça coûte, jouer au juste prix ou simplement avouer mon ignorance ? Je ne m’aventure pas trop et réponds faiblement que non, je ne sais pas combien ça coûte.

«  Ca coûte 6000 balles. T’as envie qu’on le retire de ta paie ? » Ah, erreur de jugement de ma part, j’aurais dû demander.

« Non ». J’ajoute intérieurement qu’il ne devrait pas trop compter sur ma paie, qui n’atteindra probablement jamais les 6000 balles : j’ai déjà un pied dehors.

Deux jours plus tard, après une journée à me faire tanner pour des conneries de serviettes que j’avais omis de plier en triangle pendant le séjour de Madame aux sanitaires ou de filles plus jeunes que moi je n’avais pas aidées à s’asseoir ; je m’arrête 30 secondes. Je me demande pourquoi je m’inflige ça. Je ne trouve pas la réponse. C’est comme ça que j’ai décidé de me casser. Je tourne les pieds, sur mon chemin une fille me dit encore de remplir les tasses de thé, je lui dis oui. Et je m’en vais sans me retourner.

Je ne les ai toujours pas informés de ma démission. En droit du travail, le prof nous avait dit que la démission ne devait pas respecter de forme particulière, elle pouvait être faite sur un post-it, ou même sur une plaque de marbre. J’ai décidé de la faire ici. Si tu me lis JJ, je te quitte.

3 Comments

  1. Sabban caroline dit :

    Sublime ce dernier article .
    J éprouve une grande antipathie pour ce jj qui ne sait pas ce su il a perdu…

  2. Sabban caroline dit :

    Sublime ce dernier article .
    J éprouve une grande antipathie pour ce jj qui ne sait pas ce qu il a perdu…

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