La punition annuelle, trouver un toit à Londres

Quand on dit à nos amis à domicile fixe qu’on cherche un appart ils ont cette réponse faussement rassurante « Va sur Spareroom (Notez la poésie du nom : spare = libre ; room = chambre.), tu vas trouver en deux secondes ». O combien aimerais-je croire ces connards.

Après vous être inscrit sur le miraculeux site, vous allez commencer par chercher l’improbable, l’introuvable. Vous n’allez pas faire une recherche basique qu’utilisent les gens basiques pour trouver un appartement basique. Non, non. Une recherche basique consisterait à simplement indiquer la partie de Londres dans laquelle vous voulez vivre (ex : South Kensington, Notting Hill, Buckingham Palace etc.). Au lieu de cela, vous pouvez faire une recherche plus précise :

  • Vue sur Hyde Park,
  • Budget maximum : 400 euros par mois
  • Des colocs de sexe masculin, de préférence travaillant chez Abercrombie (et n’essayez pas de me refourguer les moches cachés en réserve)

Après une semaine on se rend compte que l’annonce parfaite n’existe pas…

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C’est à ce moment que naît un phénomène inquiétant.  En essayant d’ajouter une goutte de réalisme dans votre verre d’illusions, vous commencez à virer de bord. De l’être le plus exigeant de la métropole, vous vous transformez en machine à envoyer des requêtes aux annonces les plus absurdes qui collent à peu près à votre budget. « A seulement 68 minutes de mon lieu de travail ? Allez ! (Sachant que 68 minutes de Citymapper = 55 minutes pour l’humain moyen = mes 35 minutes (mon retard permanent impliquant une course permanente). Quasiment en face de mon boulot en somme. ».

La requête qu’il faut envoyer au propriétaire ou à vos futurs colocs ressemble un peu à une description Tinder. En plus dur.

D’abord, vous devez écrire un message qui vous fera passer pour le coloc parfait que vous n’êtes évidemment pas : propre sans en être maniaque, ne jamais faire de fêtes sans être coincé, vous pourrez leur parler le soir sans en devenir collant.. Enfin bon, faites leur gober que la nuance n’est pas un concept qui vous est totalement étranger.

Ensuite, il faut dire aux potentiels colocs pourquoi vous voulez être leur coloc. En gros, il ne faut pas qu’ils croient (enfin, découvrent) que vous vous foutez totalement de leur existence et que vous ne partagez pas du tout leur passion pour la pêche à la ligne. Ce qui est compliqué, c’est que dans la requête, il faut également préciser la date à laquelle vous aimeriez déménager. Comment faire croire à 3 personnes totalement dépourvues d’intérêt que vous les trouvez géniaux quand vous devez préciser, deux lignes plus tard, que vous comptez emménager cet après midi, entre 15h et 16h ? Faut-il pousser le bouchon jusqu’à dire que vous aimeriez les rencontrer même si leur chambre n’était plus disponible ?

La suite inévitable de cet envoi de requêtes compulsif est la suivante : vous allez commencer à penser à l’appartement soit quand le mec répond à votre message et vous propose une visite (passe encore) soit quand vous êtes déjà en chemin vers ladite visite. Vos pensées à ce moment varient selon votre degré de désespoir :

  • Si vos recherches ont débuté il y a moins d’une semaine : vous rirez et vous demanderez comment l’ancien vous a pu même considérer cette ineptie. On finit par annuler en envoyant le fameux message qui nous sort de toutes les galères… « I won’t be able to make it, SOMETHING CAME UP (= j’ai un empêchement) ». Autant vous dire que la première fois que je l’ai utilisé je n’étais pas très à l’aise. Comment quelqu’un de censé peut se satisfaire de cette excuse qui, en plus d’être fausse, est dénuée de toute créativité ? Je ne sais pas, mais ça marche. Je l’use et en abuse depuis.
  • Si cela fait si longtemps que vous cherchez que vous n’arrivez même plus à vous rappeler ce qu’était la vie avant ce fléau: vous savez que vous allez voir une horreur, vous y allez quand même et, harassé par cette quête, vous vous dites « Bon, cette fois même si c’est un taudis, je le prends. ». Une fois arrivée sur place, j’oublie totalement la résolution prise dans le quatrième bus qui me menait à la visite. Dès le premier instant, je sais que je ne vais pas prendre l’appart, mais il s’agit maintenant d’annoncer la mauvaise nouvelle au colocataire qui me fait visiter… Comment lui dire que son lieu de vie vous donne la nausée ? Faites comme moi : ne dites rien et souriez. Après avoir fait un tour basique de la maison, arrive un moment qui a été promu au Panthéon de mes moments gênants. Le colocataire, croyant encore que vous êtes intéressé, vous montre le petit plus qui vous fera craquer, la cerise sur le gâteau qui fera que vous ne pourrez résister : son abominable jardin. Il vous laisse aller le regarder tout en se tenant derrière vous. Si jamais vous vous retrouvez dans cette situation, détendez-vous. La technique que j’ai adoptée est assez efficace, je compte jusqu’à 10 (si vous le dites trop vite il saura que vous n’avez pas regardé) dans ma tête puis dites-lui que c’est sublime. Je m’en vais enfin et lui dis que je le tiens au courant.

Dans aucun des cas vous ne finissez par prendre une chambre. Ca fait maintenant 3 semaines que vous cherchez, vous dormez sur un matelas gonflable sous l’escalier chez un ami et pensez encore pouvoir vous permettre d’être exigeant.

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