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Sur le divan

L’année de repos d’une angoissée pessimiste, tome 2

J’arrive chez Sketch et ai un interview avec Andrea – probablement l’employée chargée des ressources humaines la plus incompétente de la capitale (attaque non gratuite, une fois n’est pas coutume) – me demande quelles sont mes qualités, je lui dis sans vergogne : « I have great communication skills ». Enfin, si par great communication skills, vous entendez ne jamais admettre avoir tort et hurler sur les gens qui osent vous contredire. Elle m’explique mon rôle : je vais servir l’afternoon tea toute la journée. Elle me dit que tout le monde s’entend bien ici, que ceux qui n’arrivent pas vraiment à s’intégrer s’en vont après quelques semaines. J’ai une boule au ventre. Je ne tolère pas cette idée qu’il y ait un groupe dans lequel il faille rentrer ou crever. Je ne les connais pas mais je les déteste déjà. Andrea me dit de venir faire un jour d’essai la semaine d’après. Maintenant que je les connais, je les déteste davantage. Je reçois un e-mail comportant une offre d’emploi. Preuve implacable de l’incompétence d’Andrea. M’embaucher a été une terrible décision.

J’hésite à accepter : dois-je m’épargner une souffrance supplémentaire ou accepter dans l’unique but d’avoir des anecdotes drôles à raconter ? Attirée par la seconde option, j’accepte. Choix honni dès mon premier jour.

Les tribulations d’un serveur chez Sketch commencent par l’uniforme imposé. Une robe insolite devant être complétée par des chaussures noires de la marque Converse. Je leur dis que je vais le faire, bientôt. Comprendre : je ne sais pas combien de temps je vais supporter ce calvaire, je préfère ne pas risquer un achat inutile. C’était sans compter que, le lendemain, Jean-Jacques – le big boss – débarquerait dans la salle et m’intimerait d’aller m’acheter des Converse sur-le-champ. Ils me rassurent : « tu seras remboursée dans 3 mois ». J’ai tout de suite noté que je ne serai donc jamais remboursée.

Je ne sais pas si ça fait vraiment partie de l’uniforme, mais j’ai l’impression que les serveurs mettaient un point d’honneur à se balader une main dans le dos.

Cette attitude, quoique grotesque, peut être utile. Mise en situation : deux femmes au foyer attendent leurs scones depuis plus de 5 minutes :

  • Si je passe à côté d’elles, tout sourire et bras ballants, elles savent que je suis en train de penser que de toute façon, elles n’ont que ça à foutre, d’attendre leurs scones.
  • Situation radicalement différente si je passe à côté d’elles, un bras dans le dos et affichant un air concerné voire préoccupé, elles se rassurent en se disant, ébahies : « cette femme sait ce qu’elle fait ».

Le serveur chez Sketch a deux activités fondamentales.

  1. Poser des stands de mets sur la table …

    .. et s’atteler à cette tâche horrible qu’est d’expliquer en détails ce que chaque item – sandwich et pâtisseries – contient. A la fin de la première journée, j’ai déjà envie de réformer leur système à la con.

Déjà, expliquer à des gens que le sandwich au saumon est un sandwich au saumon est gênant pour tout le monde :

  •  Pour moi, qui ne sais pas vraiment quoi dire à part « The one with the smoked salmon inside is a smoked salmon sandwich ».
  • Pour eux, qui croient probablement que je les ai jugés incapables de s’en rendre compte par eux-mêmes.
    Deuxièmement, et ce point est très important : TOUT EST ÉCRIT DANS LE MENU.

 

  1. Remplir les tasses de thé des clients.

 

Chez Sketch, on déconne pas avec ça. Tant que les tasses ne débordent pas, Jean-Jacques viendra vous voir et vous demandera « pourquoi j’ai vu plusieurs de vos tables se servir de leur thé toutes seules ? ». Là, il faut être subtil et prendre un air pantois – pour convaincre JJ qu’on se demande comment on a pu laisser la situation dégénérer à ce point – tout en étant résolu : vous vivant, rien de tel ne se reproduira.

A la fin de la journée, reste encore une tâche : nettoyer le chariot à pâtisseries. Pour ce faire, je dois le déplacer dans une autre pièce. Je pousse nonchalamment le 4-roues contre les portes battantes qu’il faut franchir pour y entrer, maltraitant ainsi le pauvre engin contre lesdites portes qui se referment sur lui. Je me retrouve nez à nez avec JJ et, sans mesurer l’ampleur du cataclysme que j’étais en train de causer, continue à m’acharner sur l’objet litigieux. JJ hurle :

« Pourquoi t’en prends pas plus soin ? ».

Merde, comment a-t-il envie que je réagisse ? Il a peut être envie que je sois confuse, je baisse donc les yeux et murmure que je suis désolée.

 

« C’est pas une réponse, ça, désolée. Je t’ai demandé pourquoi »

Comment ça pourquoi ? Je devrais lui présenter ma monitrice de conduite qui me demande pourquoi je cale.

Face à mon silence, il ajoute « tu t’en fous, c’est ça ? ».

Oui JJ, je crois que c’est ça. « Non ».

Il me demande si je sais combien ça coûte. Encore une fois, je ne sais pas comment le satisfaire : demander combien ça coûte, jouer au juste prix ou simplement avouer mon ignorance ? Je ne m’aventure pas trop et réponds faiblement que non, je ne sais pas combien ça coûte.

«  Ca coûte 6000 balles. T’as envie qu’on le retire de ta paie ? » Ah, erreur de jugement de ma part, j’aurais dû demander.

« Non ». J’ajoute intérieurement qu’il ne devrait pas trop compter sur ma paie, qui n’atteindra probablement jamais les 6000 balles : j’ai déjà un pied dehors.

Deux jours plus tard, après une journée à me faire tanner pour des conneries de serviettes que j’avais omis de plier en triangle pendant le séjour de Madame aux sanitaires ou de filles plus jeunes que moi je n’avais pas aidées à s’asseoir ; je m’arrête 30 secondes. Je me demande pourquoi je m’inflige ça. Je ne trouve pas la réponse. C’est comme ça que j’ai décidé de me casser. Je tourne les pieds, sur mon chemin une fille me dit encore de remplir les tasses de thé, je lui dis oui. Et je m’en vais sans me retourner.

Je ne les ai toujours pas informés de ma démission. En droit du travail, le prof nous avait dit que la démission ne devait pas respecter de forme particulière, elle pouvait être faite sur un post-it, ou même sur une plaque de marbre. J’ai décidé de la faire ici. Si tu me lis JJ, je te quitte.

L’année de repos d’une angoissée pessimiste, Tome 1.

En Septembre 2015, j’ai commencé un Master de droit à Londres avec un plan bien précis en tête : arrêter le droit. J’avais décidé de réfléchir pendant l’année à ce que je ferais. C’est long un an, ça va sûrement me venir. La révélation divine ne se produisant pas, je décide en cours d’année de prendre une année off, repoussant ainsi toute prise de décisions ou de risques. Finies les angoisses. Enfin, repoussées à plus tard.

Un an plus tard, toujours pas de révélation, mais je garde espoir. Que fait le jeune pendant une année sabbatique ? Il voyage. N’ayant travaillé que deux mois dans ma vie, il me manque un peu de fonds pour partir faire un tour du monde.

Bon, c’est moins marrant que ce que j’imaginais. Je décide de rester à Londres, trouver un job et commencer à économiser. Je rentre dans une boite dans laquelle le seul critère d’entrée est d’être un être humain. Je ne leur ai pas fait part de mes doutes sur la question et ai commencé à bosser dès le lendemain C’est un job de serveuse en intérim, on sert dans des mariages, des conférences, des banquets de Noël. Nouvelle victoire pour mon indécision chronique : je travaille suffisamment pour ne pas avoir à penser à ce que je ferais de ma vie.

Lors d’un événement, je rencontre une fille qui travaille dans une différente agence. Je suis bouche bée lorsqu’elle m’annonce son salaire : 40 centimes par heure de plus que ce que je me fais. Je rentre chez moi et postule. Critères d’entrée toujours les mêmes, je rentre. Ce que j’ignorais alors, c’est qu’il est plus aventureux de trouver un bon restaurant chinois à Londres que de trouver une nouvelle agence. Une chose en entrainant une autre, je me retrouve avec 7 employeurs. Je leur dis à chacun que je n’ai qu’eux dans ma vie. Je deviens rapidement la bête noire des réceptionnistes que j’appelle 18 fois par jour pour demander du travail, puis annuler car j’ai reçu une meilleure proposition. Plus le temps passait, plus j’avais des journées sans boulot car j’avais vainement attendu L’offre exceptionnelle.

Il faut réagir, la situation devient difficile à gérer. Je développe un respect et une empathie pour le libertin, son quotidien est un véritable calvaire. Un jour, pour mettre fin à ces affres, il décide probablement de se marier. De même, je décide de trouver un job permanent.

Une nuit de décembre, vers 2 heures du matin, je me considère prête à faire mes vœux de fidélité à un restaurant. Connaissant ma propension à me lasser en moins de deux heures de lieux, personnes et activités, c’est un choix très risqué. J’envoie mon CV une cinquantaine de fois. Je vais à l’entretien du premier qui m’a appelée, ça s’appelle Sketch, resto pseudo branché à Mayfair.

A suivre…

L’expérience de Asch : dans la peau d’un résistant

Je suis dans le métro lorsqu’une fille à côté de moi renifle et se mouche plus ou moins dans ses doigts. Je regarde la fille en face de moi et, dans un sourire de connivence, chacune devine le dégoût de l’autre pour ma voisine de droite.
Réitération par ma voisine de droite. Tant pis, je franchis les limites de la bienséance et lui tends un mouchoir. C’est un peu comme tendre un déodorant à un homme dont l’aisselle vous frôlerait le nez. Prenant mon acte pour de la pure bienveillance, la moucharde m’a chaleureusement remerciée. Naïve, en plus d’être enrhumée.
Immédiatement après lui avoir tendu le mouchoir : terreur. Envie irrépressible de me moucher mais j’imagine nombre de scenarios cauchemardesques. Ma voisine de droite pourrait penser que je me fous de sa gueule, ma voisine d’en face pourrait être déçue, et, le plus redoutable, je pourrais passer pour une hypocondriaque aux yeux du wagon rempli d’inconnus.
Pour ne pas sortir mes mouchoirs, j’en suis réduite à renifler à mon tour.
Après 3 arrêts de métro – arrêtsconformisme-moutons-1021x580 durant lesquels je tentais de calculer le temps que je perdrais à sauter hors du wagon pour pouvoir me moucher sur le quai et monter dans le train suivant, dans un wagon rempli de nouveaux inconnus, qui, eux, ignoreraient mon noir secret – je prends sur moi et me mouche. J’ai à peine eu le temps d’effleurer mon nez avec mon mouchoir pour que ma voisine d’en face fasse de même …

Rentrée dans le métro l’esprit libre, j’en ressors 45 minutes plus tard hantée par des questions irrésolues et irrésolvables.  Se serait elle mouchée si je n’avais pas donné l’exemple ? Est-elle de celles qui ne donnent de l’argent aux démunis uniquement lorsque ses amis autour d’elle le font ? Suis-je la réincarnation de Jean Moulin ?

Carnet de bord d’une insomniaque

Qu’est-ce que l’insomnie ?

« L’insomnie signifie stricto sensu la privation de sommeil. »

Voilà, comme ça je suis débarrassée du point culture.

Insomniaque chronique guérie, je n’ai toujours pas réussi à me débarrasser d’un doute quotidien : vais-je ou ne vais-je pas réussir à dormir. A ceux que cela passionne car ils n’ont jamais dormi moins de huit heures et sont fascinés par les insomniaques ou bien car ils sont insomniaques eux-mêmes et ont déjà lu tous les témoignages Doctissimo rédigés depuis 1988, à ceux que cela ne passionne pas également : le carnet de bord d’un insomniaque.

22H30 : Je suis épuisée. Je vais au lit. Dans 5 minutes je dors.

22h32 : vautrée dans mon lit, je me rappelle que je n’ai pas sorti ma lessive de la machine à laver.

23h30 : Ca a pris plus de temps que prévu. Je ne serai pas au lit avant minuit. Comme je stresse de m’endormir après minuit, je prendrai une demi-heure pour m’endormir. Maintenant que j’y ai pensé, je viens de doubler le temps d’endormissement par deux.

00H30 : je ne dors pas, comme prévu.

01H00 : j’essaie de retracer ma journée, à la recherche d’éventuelles erreurs commises. Ah oui, ça y est je me rappelle. On m’a proposé une boisson contenant de la caféine aux alentours de 8h30 ce matin. J’ai dit que je ne buvais pas de café car ça m’empêchait de dormir et on m’a dit que ça ne pouvait pas produire d’effet aussi longtemps. Par esprit de contradiction ou tout simplement excitée par la gratuité de la boisson, je l’ai bue.

01H30 : cette boisson est terrible. Je ne sais pas qui m’énerve le plus : la personne qui m’a contrainte à boire ce poison ; moi, être faible et influençable ou l’ami auquel je vais me confier demain. Cet ami qui aura cette réaction si prévisible « Non mais c’est psychologique-han, le caféine ne peut pas avoir d’effet aussi longtemps ». EH BIEN SI connard, la preuve en est que j’avais oublié avoir bu du café et ne m’en suis rappelée que lorsque j’ai décidé de retracer ma journée heure par heure. Arrêtez de me faire passer pour une angoissée névrosée qui somatise.

02H00 : il faut faire quelque chose pour m’endormir. Mon livre de criminologie fonctionnait assez bien, non ? Ah mais non surtout pas, ajouter un livre d’études sur mes palpitations est une très mauvaise idée. Pourquoi ne pas relire la description de la campagne de 1807 dans Guerre et Paix ? Rien que d’y penser je somnole déjà. Bon, pas besoin de lire alors. Je dors, ENFIN.

02H10 : Bon, je vais vraiment le lire ce passage. Ah non, je m’endors.

02H20 : Bis repetita.

02H30 : POURQUOI N’AI JE PAS LU LA CAMPAGNE DE 1807 AU MOMENT OÙ J’Y AI PENSÉ POUR LA PREMIERE FOIS ? Il est trop tard maintenant. Si je commence à lire maintenant je n’éteindrai pas avant 3 heures.

03H00 : l’heure de la campagne de 1807.

03H05 : diable que ce passage est efficace

Note à MoiJ+1 :

  • Ne jamais accepter de boissons gratuites s’il ne s’agit pas d’alcool
  • Laisser son linge périr en cas d’extrême urgence est un acte pardonnable
  • Lire dès minuit
  • Couper les ponts avec le nigaud qui ne croit pas à mon allergie à la caféine

Vous lisez les écrits d’une démente dépressivo-bipo-schizophrène

Si vous avez du temps devant vous, je vous conseille un jeu assez divertissant. Compter le nombre de troubles mentaux dont vous souffrez sur le site de l’OMS.

Dépression

« À l’échelle planétaire, près de 350 millions de personnes de tous âges en souffrent. Les femmes sont plus touchées que les hommes à cet égard. » Je suis une femme, je suis déjà dans les favoris. Dites m’en plus.

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Originally posted by theweekmagazine

La dépression se caractérise par- (…)*

  • Un sommeil ou un appétit perturbé : alors ça oui. J’ai pas pu dormir avant 4 heures du matin hier soir et me suis réveillée dès 9h30. Bon d’accord je suis sortie toute la nuit et ai été réveillée par le marteau piqueur de mes voisins, mais ça reste un sommeil perturbé. Mon appétit n’est pas perturbé (je mange bien mes 5 repas par jour), mais c’est sommeil OU appétit, donc je reste en bonne position.
  • De la fatigue : de la fatigue vous dites ? Je suis é-pui-sée. Encore un bon point.
  • Et des problèmes de concentra…Oh ! Un oiseau !
  • – (…)*

Allez, un trouble mental pour moi.

Trouble affectif bipolaire

Ce trouble se caractérise par des épisodes maniaco dépressifs entrecoupés par des périodes d’humeur normale. Les épisodes maniaques correspondent à une période où l’humeur est élevée, irritable, à une hyperactivité, un important débit de parole, une estime de soi exagérée et une diminution des besoins de sommeil.

J’ai l’impression de lire ma biographie, hyperactivité et diminution des besoins de sommeil exceptés (symptômes secondaires).

Schizophrénie et autres psychoses

(…). **

(…)*

Les personnes touchées peuvent avoir des difficultés à travailler ou à étudier normalement.

Devrais-je commencer à m’inquiéter ? Je suis à un total de 3 troubles sur 3.

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Originally posted by soulofadreamerblog

La démence

« Elle affecte la mémoire, l’orientation, la compréhension, le calcul, la capacité d’apprentissage, le langage et le jugement. ».

Qu’on me réserve une chambre double à Sainte-Anne. J’ai aujourd’hui même oublié le prénom de l’oncle de ma voisine qu’on m’avait pourtant présenté il y a 4 ans et, pire, ai demandé mon chemin à des gens pour aller du Fouquet’s au Flandrin. Ai-je besoin d’aller plus loin ?

* Symptômes insignifiants

** Laïus scientifique que je n’ai pas réussi à appliquer directement à mon cas

Une idée me tourmente, ne serais-je pas une vulgaire hypocondriaque ? Pire encore, le fait que je pense être hypocondriaque fait-il de moi une hypocondriaque ?

Débile or not débile ?

Un jour, j’ai eu le malheur d’assister à une conversation terrifiante. Ma sœur préparait son code de la route et une cousine lui dit « T’as pas le droit de louper le code, si tu l’as pas c’est vraiment que t’es débile » (vous pouvez palper ici l’ambiance des déjeuners dominicaux).

Deux ans plus tard, je me suis inscrite et, effrayée à l’idée d’être confrontée au verdict, n’ai fait aucune séance de code.

4 ans plus tard,  je décide que c’est le moment ou jamais : j’ai appris que, à la suite d’une réforme dévastatrice, le taux d’échec à l’examen était consternant : totalement inédit dans l’histoire du Code de la route de 1921 à nos jours.

Après 3 semaines de révisions intenses, 18 heures passées en 3 jours devant un écran dans une salle noire, 3,5 kg de flashcards accumulées auprès de mon lit, des nuits passées à rêver de choix entre réponses A et B, une insomnie pré-examen, une rumination de 48 heures sur les questions sur lesquelles j’ai des doutes, l’appel de tous les conducteurs que je connais de près ou de loin pour leur demander leur avis sur lesdites questions, le jour des résultats passé rivé devant mon téléphone à attendre l’appel de l’auto école, CA Y EST. Le glas a sonné. Débile or not débile ? Si on m’avait fait une prise de sang mesurant la débilémie, la tension n’aurait pas été plus grande. L’urgence de la situation m’oblige à quitter la salle de la cérémonie de mariage à laquelle j’assistais à ce moment. Je décroche et tente de parler avec flegme, j’étais à deux doigts de prétendre avoir oublié avoir passé le code 48 heures plus tôt.

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On m’annonce la bonne nouvelle. Fort heureusement, j’avais préparé mes réactions à l’avance : ne pas pleurer si c’était négatif / ne pas hurler si c’était positif (je voulais faire gober à mon interlocutrice que je considérais cet examen comme une épreuve dérisoire, presque formelle). Après un « Cool, au revoir ! », je raccroche, hurle, retourne à la cérémonie et annonce LA nouvelle du jour à ma mère et ma grand-mère.

– La première  annonce à ses voisins de gauche, de droite et même au rang de derrière que sa fille a eu son code. Un court instant j’ai craint une annonce générale avec le micro dont elle se serait accaparée.

– Réaction immédiate de la seconde : « combien ont échoué ? ».

J’ai été soulagée pendant au moins un bon quart d’heure, je me gargarise en me disant que je ne suis pas débile. La réalité m’a vite rattrapée : peut-être le suis-je mais ai réussi à le dissimuler, une fois de plus ?

Une mécréante prend l’avion

Quand on me demande si j’ai peur de la mort, je réponds bravement que non. En réalité je n’ai pas peur de la mort, sauf dans l’avion. En d’autres mots, j’ai peur de la mort quand je pense que je vais mourir. Cette peur s’accompagne, et ce de manière totalement synchrone, d’une piété soudaine : je décide de m’en remettre à Dieu. Je promets solennellement que j’arrête de manger du Fleury Michon.

En même temps que je fais mes prières, je pense à mes derniers instants auprès de ma famille. Evidemment, ils ne jouent pas en ma faveur (j’ai failli louper mon avion car j’étais en retard et me suis engueulée avec Maman, remettant la faute sur elle, elle qui était habillée et m’attendait sur le perron au moment où je faisais encore ma valise). Je sors mon téléphone, vais dans Notes et, sanglotant, commence à rédiger des lettres à mes chers parents, que j’aime d’un amour inconditionnel. Je dis que je suis désolée pour tout. Que jamais plus je serai chiante. Que quand, gamine, je disais à Papa/Maman que c’était mieux chez Maman/Papa, je ne le pensais pas. Je JURE que j’envoie ces messages à l’instant même de mon atterrissage, dans l’hypothèse miraculeuse où cet événement se produirait.

Cette triple activité (prières, pardons, sanglots) continue – parfois sous l’œil effaré d’un voisin pas du tout conscient de sa fin imminente – jusqu’au moment où :

  • Scénario 1 : crash.

Expérimenté 0% des fois.

C’est sa manière de me dire « on ne badine pas avec Godot, ça t’apprendra à tenir tes promesses » (je paraphrase).

  • Scénario 2 : pas de crash

Expérimenté 100% des fois.

Ma réaction se décompose en quatre phases : surprise – joie de vivre – déception – rires

1. La surprise d’être en vie, le sentiment d’être miraculée. Les turbulences avaient duré plus de 10 minutes et paraissaient très suspectes. De plus, le pilote ne communiquait pas beaucoup d’informations, ce qui m’avait paru être un signe fatal : son angoisse était telle qu’il avait perdu l’usage de la parole.
2. Joie de vivre : le meilleur moment. D’ailleurs, vous pouvez aisément revivre ce genre de sensations (sentiment de perdre quelque chose qui nous paraît ordinaire mais qui devient, du fait de cette crainte de la perdre, extraordinaire) sans prendre un risque tel que monter dans un avion. Inscrivez vous à une conférence sur un sujet pompeux. Avant de partir pour cette conférence, buvez 3,5 litres d’eau. Assurez vous que vous ne pourrez pas sortir au plein milieu de la conférence (cad mettez vous entre deux mégères dont le regard désapprobateur vous empêche de faire tout mouvement). A la sortie de la conférence, vous allez chérir vos toilettes comme je chéris ma vie à chaque atterrissage.

3. Déception : Dieu n’existe pas. Bah oui, s’il existait il m’aurait punie. Punie pour mon double péché capital : le mensonge et la consommation de jambon. CQFD.

4. Rires à la relecture des inepties que j’ai écrites sur mon téléphone. Poubelle.

Les gens en retard VS les gens en avance

Elise, la prévoyante optimiste

On a rendez vous « ce soir ». Ca veut dire quoi, ça? Disons entre 19h (en Angleterre) et 21h. Prévoyons large: à 18h30, il faut que je sois prête.

17h15. Bon, ça ne sert à rien de travailler pour seulement une heure.

17h45: J’envoie un message pour qu’on précise l’horaire. Le rendez vous est à 20h. Femme organisée, j’ouvre CityMapper. Si je prévois d’arriver à 19h55, je dois partir de chez moi à 19h30. Disons qu’il faut que je sois prête vers 19h20 pour bien faire les choses. Je dois prendre une douche, un shampoing. Vers 18h30 je commence à me préparer. (Ces réflexions durent bien une vingtaine de minutes, parfois je fais même une liste détaillée)

18h passées. Bon et si je commençais à me préparer tout doucement ?

18h35 : Je suis complètement prête, manteau sur le dos. Je pars donc dans une heure… Je n’ai qu’à regarder les itinéraires alternatifs qui me feraient arriver un peu plus tard.

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19h15 : Bon j’y vais, je serai un peu en avance, mais c’est bien, j’aurai le temps de me perdre.

19h35 : J’ai encore battu Citymapper. Plus qu’à attendre une vingtaine de minutes… Oui parce qu’il y aura bien des gens comme moi, en avance ? Lueur d’espoir

19h45 : Allez j’envoie des petits messages pour les presser.

19h58 : Je le savais, ils s’en fichent complètement. Aucun respect. Bon, je leur donne 5 minutes et je m’en vais.

20h : Peut etre que je me suis trompée d’adresse. Je revérifie pour la 7ème fois.

20h15 : Je me convaincs intérieurement : « La prochaine fois, je serai en retard exprès ». Soyons réaliste: j’arriverai 15 minutes avant et pas 25.

20h25 : Le premier arrive et s’étonne que les autres ne soient pas là. NE T’EXCUSE PAS SURTOUT.

20h30: Prise de recul et réflexions hobbesiennes sur l’espèce humaine. Déçue oui, étonnée pas vraiment. L’homme est égoïste.

Cécile, la retardataire chronique 

Ce soir, j’ai un rendez-vous à 20 heures.

17 heures : Je m’ennuie et il n’est que 17 heures, que pourrais-je donc bien faire jusque là ? En plus je suis déjà prête, à quelques détails près.

De 17 heures à 18h30, je ne fais rien. Les gens ne me croient pas quand je dis que je ne fais rien, mais je vous assure, ça arrive. J’attends.

A 18h30, c’est le moment où j’entame une activité. Soit un truc un peu débile et addictif (style renouer ma relation tumultueuse avec Tetris) soit un truc qui requiert plusieurs étapes et que je ne pourrai pas arrêter en cours de route (réservation de billets de train, d’avion, d’hôtels, voire le combo).

19 heures : ah tiens, j’ai pas encore regardé combien de temps j’allais mettre. Citymapper me dit de partir à 19h30. Là c’est le moment de paralysie, ce moment où j’hésite entre finir l’activité entamée quitte à être plus rapide que d’habitude pour me préparer et arrêter maintenant, pour être sûre d’être à l’heure. Bonnnn ça va, au pire j’aurai 5-6 minutes de retard, et puis on est quatre ce soir, personne ne m’attendra.  J’arriverai la dernière tant pis.

19h40 : Moment où je sais que je vais être en retard. Je ne suis pas prête et devrais partir.. il y a 10 minutes. Est-ce que je préviens Elise ? Mais non, les deux autres seront à l’heure, pas la peine de l’angoisser.

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19h50 : Je pars enfin. Je ferme la porte. J’avance 5 mètres. Drame : j’ai perdu ma carte de transport. Ca y est. Elle n’est pas dans ma poche droite, sa place habituelle. Je remonte dans ma chambre, elle n’y est pas. Ah oui, je l’avais mise dans la poche arrière de mon jean.

19h53 : je pars pour de vrai. Je suis fière d’être une femme moderne qui porte des baskets, toujours prête à courir en cas de retard.

19h55 : réception d’un sms de la part d’Elise, elle est là.

20h05 : Elise se plaint, elle est seule et sous la pluie. Pourquoi les deux autres connards ne sont-ils toujours pas là !?

20h40 : J’arrive la dernière et engueule les autres d’avoir fait attendre Elise.

Erreur de la banque en votre faveur : l’éternel dilemme

Vous venez de recevoir 150€ sur votre compte en banque. Après un entretien avec votre banquier, vous réalisez que le virement vient d’une association de chiots battus, ou plus précisément de komondors kurdes maltraités, race de chien qui vous est totalement inconnue, mais tout à fait ridicule d’après Google images. Le motif : Une récompense pour vos généreux dons à l’association pendant 10 ans. Evidemment, ce virement est une erreur : vous méprisez les chiens presque autant que les enfants.

Que faire de cet argent indûment perçu ?

Bon, on exclut tout de suite l’idée insensée de contacter la banque juste pour lui rendre l’argent, sans rien attendre en retour.

Reste à prendre une décision :

– Faire profil bas

– Le signaler immédiatement à la banque dans l’espoir de voir votre honnêteté récompensée par une somme astronomique.

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