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L’art de communiquer

Master class : s’en sortir dans la vie sans être à l’écoute de ses amis

La soirée débute pourtant de manière totalement banale. Je vais boire un verre avec mon amie Yvonne que je n’ai pas vue depuis longtemps. Débat de rigueur pour savoir si le serveur à qui j’ai demandé une suggestion de cocktail a craché dans ma pinte d’Heineken.

Et puis là, brusquement, la conversation prend une tournure sérieuse : à la question « qu’est-ce que tu deviens ? », qui appelait une réponse tout à fait anodine,  elle commence m’expliquer les tenants et aboutissants de son nouveau job. Ce que cette pauvre amie ignore c’est qu’à cet instant T, je suis en train de régler des questions cruciales.

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En effet, je me rends compte que le Franprix en face de chez moi fermait dans 30 minutes et que je devais faire mes courses aujourd’hui. Dans l’absolu je pourrais les faire demain matin mais je cours demain matin.

Faire mes courses chez Franprix avant d’aller courir est bien évidemment impensable. Paralysée par la flemme après 30 minutes à tergiverser sur quel liquide vaisselle acheter, je repousserai le sport au lendemain. Or, le lendemain je commence à 8h, ce qui m’obligerait à courir à 6h, je croirai en être capable sur le coup et finirai, pour une raison x ou y, par ne rien faire.

Une autre option serait de prendre ma carte bleue sur moi au moment où je vais courir puis passer par chez Franprix sur le chemin du retour. Mais cela m’obligerait ENCORE UNE FOIS à acheter les sacs à 15 centimes que je collectionne chez moi et finis par ne jamais utiliser plus d’une fois, à moins que je ne parte courir avec un sac Franprix en main. Pourquoi cette accumulation de fléaux ? Pourquoi m’empêche-t-on d’être tranquille et sereine ? Je vais demander conseil à quelqu’un.

Ah mais tiens, Yvonne est là ! Je l’avais presqu’oubliée. Je m’apprête à lui poser la question, quand je me rends compte d’une mouvance au niveau de ses lèvres. MERDE. Elle m’a parlé pendant tout ce temps. Combien de temps s’est écoulé d’ailleurs ? Est-il trop tard pour que je lui demande de répéter son histoire depuis le début « juste pour être sûre » ?

Pour éviter ce type de situation, la solution est manifeste : soyez toujours à l’écoute de vos amis. Non, je plaisante. Par la force des choses, j’ai fini par développer quelques petits trucs et astuces.

– N°1 : Attendre patiemment que le temps passe, en agrémentant de « Hum-hum » et « ah bon !???? ». Si vous redoutez qu’elle se rende compte que ces interjections sont simulées, rappelez vous qu’elle vient de faire un monologue de 15 minutes sans s’apercevoir que toute votre attention était concentrée sur votre futur séjour chez Franprix. Ces nouvelles interactions seront accueillies avec enthousiasme.
– N°2 : Demandez lui de répéter la dernière phrase qu’elle vient de prononcer parce que vos voisins de table (qui sont par ailleurs de gros beaufs) sont trop bruyants. Cette petite astuce vous donnera beaucoup de crédibilité. L’interlocuteur, par un raisonnement a contrario, pensera que vous aviez assimilé TOUT SAUF CETTE PHRASE.
– N°3 : Organiser une soirée la semaine suivante pour « lui présenter vos amis ». En réalité, cette soirée est purement factice et vous ne souhaitez qu’une chose : que quelqu’un lui demande ce qu’elle fait dans la vie et vous en fasse un petit résumé sur un post-it.

Note : malgré ces astuces, il arrive parfois que la personne se rende compte que n’aviez pas écouté. Cela peut arriver notamment si vous répondez « d’accord » à une question qui appelait un oui un non. C’est pour cela qu’il est vital de toujours vous rappeler que la meilleure défense, c’est l’attaque. Elle vous reproche de ne pas l’écouter, faites lui le même reproche en l’agrémentant d’un quizz. Par exemple, interrogez-là sur la liste des 5 ingrédients qui vous répugnent le plus (depuis votre mise à jour de janvier 2016, évidemment), tout en priant qu’elle ne s’en rappelle pas.

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« Bon Yvonne maintenant qu’on a parlé de toi, j’ai besoin de résoudre un dilemme avant demain matin ».

Débat virulent avec un étudiant de Sciences-Po

A chaque fois que je dine avec Pierre-Augustin, c’est la même chose. Et d’ailleurs, je suis sure que ça s’applique à tous les étudiants de Sciences-Po. L’entrevue commence bien, on parle des bienfaits du quinoa et il me raconte qui a pécho qui au rallye de Marie-Agnès. Très vite, la conversation prend une tournure effrayante: il évoque la visite en France du vice ministre ouzbek de l’Agriculture et des ressources des eaux. J’essaie de dissimuler mon ignorance quant à l’existence d’un tel ministre. Ayant rapidement décelé ma suprise, il change de sujet et tape dans le local, la loi El Khomri.

J’ai une idée lointaine de l’existence de cette loi grâce au Petit Journal. Pendant que je cherche dans les cavités de ma mémoire ce qu’a dit Yann Barthès avant Catherine & Lil’, il m’expose fièrement ses arguments en un plan détaillé en 2 parties 2 sous parties. Je balbutie deux trois mots, voulant à tout prix mettre à mal ce discours pré-mâché par son illustre professeur de politique interne du travail. Echec cuisant, mes «non mais trop pas!» n’ont pas suffisamment de poids pour le convaincre.

En rentrant chez moi, c’est décidé: «C’est la dernière fois que ça m’arrive, ce soir, je me refais toute ma culture». Bon alors, commençons par Lemonde.fr: allez, une bonne petite guerre. En page d’accueil, une décision du conseil de prud’hommes sur le droit de traiter un coiffeur de pédé. C’est pas comme ça que Pierre-Aug’ va prendre conscience de la vivacité d’esprit de son interlocutrice.

Bon, allons directement à l’essentiel. Google : « guerre en Syrie ». Un article du Monde justement. Le genre d’article où une expression sur deux est surlignée en bleu, en gros c’est un peu un « précédemment, en Syrie ». Etant de nature très opiniâtre, je clique sur tous les liens. Vraiment, tous les liens, celui relatif au conflit kurdo-grécois inclus.  Le premier lien en renvoyant à un autre qui en renvoie lui-même à un autre, je me dis que je vais remonter jusqu’à Adam et Eve si je continue comme ça. Il faut réussir à arrêter de cliquer sur les liens. Mais c’est impossible, j’ai ce goût tellement prononcé pour le détail… Je préfère ne rien lire plutôt qu’à peine survoler le thème. Je vais regarder un documentaire.

Je commence le documentaire sur la guerre en Syrie. Je prends celui de 2 heures. Après 2 minutes, j’ai le sourire aux lèvres. Enfin je me cultive. Après 10 minutes, je me dis que c’est un sujet quand même un peu déprimant. Et puis, quitte à regarder une vidéo, je préfère regarder quelque chose qui me détend.  Voilà comment on finit par regarder l’intégrale de Friends à de multiples reprises. Certes Pierre Aug’ connait aussi bien la géopolitique occidentale depuis 1958 que la collection Printemps-Eté Vicomte Arthur, mais quand il s’agit de se prononcer sur le «we were on a break !», y a plus personne.

Les bonnes manières selon Nadine de Rotschild ou les 10 commandements revisités.

Vous redoutiez les diners mondains ? Vous allez les haïr. Nous avons dégoté une petite merveille : les bonnes manières selon Nadine de Rotschild. De quoi vous créer un bon petit ulcère avant le souper.

« «Santé!» et «Bon appétit» ne se prononcent jamais en société, seulement en famille. Dire «bon appétit» reviendrait à dire «bon estomac», qui réduirait l’art de vivre au seul objectif de se nourrir. »

Ah oui alors ça, le comble de la beauferie. Mais alors, que faire ? Que faire quand vous êtes convié chez une personne mondaine qui n’a pas arboré fièrement dans sa bibliothèque ce fleuron de la littérature française ? Comment être parfaitement sûr qu’elle l’a lu ? Vous voilà plongé dans des questions existentielles : faut-il dire bon appétit au risque de passer pour le-gros-breauf-qui-a-même-pas-lu-Nadine, à qui il ne manque plus que la banane ?  Ou alors ne pas le dire et passer pour l’ours mal léché qui ne souhaite même pas bon appétit à ses convives… On sait qui on n’invite pas la prochaine fois.

« Les Cadeaux : avant ou après le repas ? On déballe les cadeaux devant les convives, et après le dessert. Si le cadeau ne plaît pas vraiment, les bonnes manières prévoient de faire un don à une œuvre caritative. »

Le problème reste entier : faut-il, à la réception du cadeau « qui ne plait pas vraiment », signaler à la personne qui vous l’a offert que vous allez le donner à la croix rouge ? Exemple de réaction diplomate: «Ecoute Marie-Thérèse, je suis très touchée mais je pense que les petits orphelins tibétains feront un bien meilleur usage de ces magnifiques boutons de manchette». Si vous n’avez pas réussi à feindre le sourire de la satisfaction, ça peut être une bonne idée, une manière de rassurer l’offrant, vous ne vendrez pas son cadeau sur le bon coin.

« Le Café : la cuillère s’utilise uniquement pour favoriser la dissolution du sucre, puis on la pose sur la coupelle, pour porter la tasse aux lèvres. »

Merci Nadine, de nous indiquer quel orifice utiliser pour boire notre café.

« La Conversation : Les sujets à éviter à table sont l’argent, la politique, le sexe et la religion. Pour engager une conversation, mieux vaut être bien informé sur l’actualité. Il ne suffira pas de lancer le débat, il faudra l’animer. »

Voilà, donc quand vous êtes invité à un dîner mondain, non seulement vous ne pouvez pas porter votre jogging Adidas favori, mais en plus de ça vous êtes obligés de vous coltiner tous les JT la semaine qui précède. (Ou vous munir de votre téléphone sous la table, histoire de pouvoir chercher sur Google qui est ce fameux Panama papers)

« L’ordre d’utilisation des couverts: de l’extérieur vers l’intérieur. Lorsque vous avez fini votre plat, laissez les couverts dans l’assiette. Ils se positionnent parallèles, et non croisés, cela signifierait que le plat ne vous a pas plu. »

Ah ça je note pour ma future rupture amicale. #ditesleavecvoscouverts

«L’ordre de table : L’invité d’honneur (A quelle époque sommes-nous ?) est placé en priorité. Les autres invités sont placés en fonction de leur statut : les jeunes célibataires en bout de table, et les couples mariés séparés, sauf si le mariage est très récent. »

Pour faire du zèle, vous pouvez aussi vous munir d’une pancarte avec inscrit dessus « ne me demandez pas pourquoi je suis en bout de table, je suis célibataire ».

« La position : Les coudes ne sont pas posés sur la table, les mains sont disposées de part et d’autre de l’assiette, jamais sous la table, sauf en Angleterre. »

Alors là, c’est l’angoisse. Que faire si on est invité par un couple anglais dans un autre pays que l’Angleterre ? Ou, à l’inverse, vous êtes invités par un couple albanais en Angleterre ? Cette règle s’applique-t-elle uniquement sur le territoire anglais, uniquement avec des personnes anglaises ?

« Passe-moi le sel ! Une superstition proscrit de passer la salière de main à main. Elle se pose sur la table, pour être utilisée par son voisin. Par souci de praticité, l’hôte peut prévoir au moins 1 salière pour 2 personnes. »

N’oubliez pas de noter les 25 salières sur votre liste de courses si vous recevez 50 personnes.

« La salade, on la coupe ? Jamais ! La salade ne se coupe pas au couteau dans l’assiette. Charge à l’hôte de préparer une salade finement coupée. »

Ou comment ce livre m’a fait découvrir pourquoi mon ex m’avait larguée.

Le salon de coiffure, cette terre maudite

On prend le rendez-vous de manière insouciante, tentant de rejeter l’idée que nous allons passer les 45 minutes les plus assommantes de notre semaine. Quand on arrive là bas, un évènement extraordinaire se produit : on perd toutes nos capacités. Une fois passé le seuil de cette porte en verre, une de nos activités quotidiennes les plus banales, se transforme en une épreuve insurmontable… PARLER. Toute communication – même la plus sommaire – est devenue impossible. Une fois assis, on regarde de loin le Paris Match et le Gala éditions 2004 et 2006, respectivement. On se dit qu’on ne peut pas tomber si bas. Non, il faut établir un contact avec l’inconnu. Oui, mais de quoi parler ? L’inquiétude s’installe. On commence facile et, pour grappiller quelques minutes, on évoque le célèbre thème météo. Il n’y a que deux options :

  • Il fait beau. On dit « beau temps hein ». Plus que 44 minutes 50 secondes d’ennui.
  • Il pleut. On dit qu’il pleut, que Paris c’est de la merde, qu’on veut partir vivre en Australie. 30 secondes de gagnées.

Là, c’est le vide. A côté, l’angoisse de la feuille blanche paraît être un divertissement. On se demande comment on fait dans la vraie vie pour parler à nos famille et amis. Bon, restons calme et essayons de balbutier quelque chose. Tant pis si ce n’est pas intéressant. Allez, juste un son qui sort de notre bouche. Si possible en français.

Commençons par essayer de se rappeler ce dont on a parlé la veille au diner, pour se donner des idées. La seule chose qui revient c’est la conversation tournant autour du menu, superbe cuisson ce Hachi Parmentier. Rien d’autre. On a forcément parlé d’autre chose.. Vite, on essaye de trouver un livre, un film, un événement d’actualité… Ah oui, on a parlé à l’oncle historien du génocide arménien. Non, on évitera les sujets sordides pour ne pas embuer les yeux de la coiffeuse qui s’apprête à nous passer à la tondeuse. Echec.

Ah tiens, on pourrait lui poser des questions. Les gens aiment qu’on s’intéresse à eux non ? Une question, excellente idée oui, mais que demander ?

  • Risquer le « Vous aimez votre job ? » ? Non, ne tentons pas le diable, elle pourrait dire non. Ne rendons pas la situation plus gênante qu’elle ne l’est déjà.
  • Tenter le « vous avez un chien ? ». Ouais non, on s’en fout des chiens. Pas envie de parler de marques de croquettes pendant des heures « Ah non vraiment l’ancienne gamme de Royal Canin donnait des gaz a à Toutoune, je n’achète plus ça! ».
  • EUREKA. Voilà la question à poser, lui demander si elle a des enfants. Si oui c’est le jackpot. Il suffit qu’elle en ait deux-trois pour vous bien vous occuper 20 minutes, à coup de CV détaillé de chaque enfant. NON ! STOP ! Imaginez qu’elle n’ait involontairement jamais eu d’enfant, ou pire, que son unique progéniture a décidé d’ouvrir un magasin de tuning à Auxerre.
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Heureusement, il existe une solution. La seule chose qu’il suffit de faire est de changer de coiffeur à chaque fois. De cette manière, vous aurez toujours un sujet de conversation avec la nouvelle, c’est inloupable : la critique de sa prédécesseuse (oui ça sonne bof mais même Nicolas Bedos l’avait osé).

Points positifs :

  1. Cette conversation peut s’étendre sur des heures. Vous pouvez critiquer sa coupe, le mauvais accueil, la coupe qu’elle vous a faite, le terrible rapport qualité-prix.

Ah, pas d’autre point positif. Mais il est tellement important qu’il compte double.

Points négatifs :

1. Vous bâtissez au sein du nouveau salon votre réputation de client insupportable (mais bon, point pas si important car vous ne reviendrez pas).

2. Vous risquez de tomber sur une coiffeuse communautariste qui vous rase le crâne ou vous teint les cheveux en vert par solidarité (et puis sûrement un peu par sadisme aussi).

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Bon, faisons les comptes, 2 points partout. Ah, ça n’aide pas vraiment. Peut-être faut-il se résoudre à l’idée qu’on va souffrir 45 minutes tous les 6 mois, l’homme s’acclimate à tout. Et puis, voyons le côté positif : en sortant de chez le coiffeur, vous vous rendrez compte à quel point vos conversations familiales sur le dernier aspirateur Dyson sont captivantes.

Je suis super content pour toi

Arrêtez d’utiliser cette expression, personne n’a jamais été content pour quelqu’un d’autre que pour soi.

Une de vos amies vous raconte, épanouie, à quel point sa relation amoureuse est parfaite. Vous répondez (car c’est ce qui attendu de vous) « je suis super content(e )pour toi ». Maintenant, décodons.

  • « Je suis super content pour toi » = « Je suis super content pour moi ».

Quand cela arrive-t-il ? Cette amie épanouie était une personne que vous trouviez trop envahissante, du genre à vous appeler tous les soirs et à vous proposer une sortie chiante (une expo sur le Pérou au XVIe siècle ou virée chez Séphora, selon le genre d’amie) un samedi après-midi que vous aviez prévu affalé au lit.  Là, vous vous dites que cela tombe à pic, même pas besoin de passer par l’épreuve tortueuse de la rupture amicale : elle va vous abandonner. De l’air. Enfin. Bon, vous redoutez déjà le moment où le prince charmant va la larguer, ce moment où vous êtes obligé de faire preuve d’une empathie hypocrite. Mais bon, avec un peu de chance la relation va durer au moins 1 an, le temps pour votre amie de se dégoter de nouvelles épaules sur lesquelles pleurer.

  • « Je suis super content pour toi » = « Je suis super angoissé pour moi. ».

Donc j’ai 21 ans et je suis encore seul. Si mes calculs sont exacts, hummm (a + b) (a – b) = a2 – b2 , oui oui c’est bien ça, à 40 ans je le serai aussi.

  • « Je suis super content pour toi » = « Je m’en fous et j’essaie de te dire ce que tu as envie d’entendre  pour qu’on close enfin le sujet ».

Ca fait déjà 5 minutes qu’elle vous parle de la manière dont son copain lui a organisé une soirée romantique, vous vous tournez les pouces en attendant le moment où vous pouvez recommencer le débat sur la meilleure saveur des chips au quinoa : gingembre ou paprika.

Aidez-nous à rétablir la vérité. Dorénavant, lorsqu’on vous annoncera une bonne nouvelle, vous pourrez rebondir de différentes façons :

  • Annoncer une mauvaise nouvelle, pour la mettre mal à l’aise. C’est amplement mérité, vous noyer dans son bonheur surjoué comme ça, pour qui elle se prend ?
  • Utiliser la technique du « by the way » qui n’en est pas un. Exemple : « c’est vraiment trop l’éclate avec Marvin, c’est vrai quoi franchement ça fait deux semaines et je sens que c’est le bon quoi, vraiment. ». « By the way, qu’as tu pensé de la liste de Schindler ? »
  • Osez enfin dire « je suis super content pour MOI ». Son idylle va vous libérer d’un poids. Vous pouvez même en profiter pour lui dire ses quatre vérités, ça vous soulagera.

Avertissement : vous êtes privé, par l’usage de ces techniques, du droit de vous révolter en cas de non-invitation au mariage. C’est le revers de la médaille : pas de petits toasts quinoa-gingembre pour vous.

La stratégie de l’emplacement

Ce n’est un secret pour personne, les diners à 15 sont une source de stress. En un mot, l’emplacement est crucial.

D’expérience, ce qu’il faut éviter à tout prix c’est le bout de table. Il a été scientifiquement prouvé que les gens peu amusants s’y retrouvaient. Ce qui n’est évidemment pas votre cas, vous vous êtes égaré ici par pure malchance, en arrivant trop tôt ou trop tard.

Quelques mises en situation de ce que l’on a baptisé le supplice du bout de table (nous avons d’ailleurs créé un hashtag #SBT mis à la disposition de ceux qui voudraient partager leur douloureuse expérience).

Vous êtes à côté de la grand-mère dure d’oreille

Elle vous demande de lui expliquer la blague que votre cousin vient de faire à propos de Tinder. Vous avez le choix entre :

– Lui dire de manière très agréable « tu ne vas pas comprendre ». Rongé par la culpabilité, vous vous resservez une troisième portion du plat que vous n’aimez même pas tant que ça.

– Lui expliquer tout depuis le début (ie. Ce qu’est un iPhone, ce qu’est une application d’iphone, ce qu’est Tinder, ce que veut dire avoir un match etc.). Après trois heures d’explication, vous en arrivez  enfin à la blague. Evidemment maintenant ce n’est plus drôle. Vous noyez votre ennui et votre frustration dans un troisième verre de vin. Vous avez perdu le compte du nombre de blagues que vous avez manquées à cause de cette explication.

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Vous êtes à l’autre extrémité de l’oncle drôle

Le fameux oncle drôle. La frustration est à son comble. Lui est également en bout, mais ça ne le dérange pas vu que la tablée est rivée sur lui. Vous comprenez ce que ça veut dire ? Non seulement vous êtes en bout de table, mais encore tout le monde vous tourne le dos. Vous entendez les blagues à moitié à cause de la plaie à votre gauche qui ne cesse de vous tapoter le bras pour vous demander un condiment (le sel, le poivre, l’huile, vinaigre blanc, vinaigre balsamique, huile d’argan bio : BON TU SAIS QUOI GÉRARD ? LA PROCHAINE FOIS TU TE RAMÈNES AVEC TA MALLETTE DE SAUCES ET T’ARRETES DE ME FAIRE CHIER). Vous entendez les blagues à moitié, oui. Mais les rires, ça, vous les entendez parfaitement. Et c’est là que le bât blesse.

Vous êtes à côté de deux personnes qui partagent les mêmes passions chiantes

Les deux sont ingénieurs informatiques responsables sécurité des systèmes d’information (oui oui, intitulés de job parfaitement similaires). Vous hochez la tête en essayant d’avoir l’air intéressé par le tout dernier contrat signé avec Genymobile.

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Bon, vous l’avez compris, il faut éviter le bout de table comme vous éviteriez Patrick Sebastien un 1er avril. Pour ce faire, agissez de manière subtile. Faites vous passer pour la personne généreuse, pas du genre à prendre le plan de table à la légère.

Voici quelques phrases types que vous pouvez agrémenter à votre manière :

– « Ah non André, toi avec tes problèmes de vessie tu devrais rester en bout de table ». Prenez un air déçu de manière à ce que votre interlocuteur soit convaincu que de manière subliminale vous lui dites « Je prends sur moi pour me séparer de toi ce soir, mais ce n’est que partie remise, hein Dédé ? ».

–  « Ca fait longtemps que tu n’as pas vu André non ? Mettez vous à côté, vous allez rattraper le temps perdu, il faut absolument qu’il te parle de son nouveau matos pour la peau de phoque, bien meilleur que le précédent…». Vous pouvez risquez l’air envieux et prétendre jalouser cette connivence.

– « Tous les deux vous aimez beaucoup aromatiser vos plats d’huile d’argan, restez à côté ça évitera de déranger tout le monde ». Et BAM la petite critique en prime.

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Leçon à tirer de cet article : on ne mélange pas les torchons et les serviettes ; on ne mélange pas le quinoa et le couscous, mais surtout, qu’on ne vous mélange pas aux piliers du bout de table.

Le phénomène de l’ignorance sur les réseaux sociaux

Nous envoyons des messages tous les jours, sans compter. Et puis un jour, pof ! On ne vous répond plus à la seconde même. « Bon, j’ai envoyé ce message à 15 :19, il l’a lu à 16 : 37. Il est 16 : 42 et je n’ai toujours pas de réponse. Comment vais-je faire ? ». Là, vous vous dites qu’il y aura un avant et un après 16 :37. Avant 16 :37, tout allait bien, tous vos amis vous aimaient. Et puis, là, cette absence de réponse. Là, on ne répond pas à votre « on déjeune bien ensemble hein, comme tous les mardis ? ».

Vous commencez d’abord par dresser la liste de ce que vous auriez bien pu faire qui aurait pu énerver la personne. Tout vous revient en tête sous forme de flash back, votre état d’angoisse empire progressivement à la montée de chaque image. Cette fois où vous avez pris le dernier paquet de chips de quinoa alors que vous saviez que l’autre aussi en voulait. Ou alors, cette fois où il vous a attendu 5 minutes à un café. Peut-être que l’autre pense que vous n’êtes finalement qu’un gros lourd ? Pire encore, l’autre SAIT. Il sait que vous n’êtes pas l’être exceptionnel que vous prétendez être, vous n’êtes qu’un humain parmi les humains. Quelle pensée terrifiante. Non, ça ne peut pas être ça. AHHHHHHH 16 :47 et toujours pas de réponse. La fin d’une ère.

Vous vous imaginez maintenant toute sorte de scénario, le plus courant étant la conversation de groupe de tous vos amis, sans vous. Ils prévoient un déjeuner, sans vous. Ca y est, vous allez passer tous vos mardis à manger vos Babybels seul, terriblement seul.

Là, ce qui est marrant, c’est que notre seule inquiétude tourne autour de nous : « Qu’ai-je bien pu faire de mal ? Qu’est-ce qu’on me reproche ? ». Jamais (ou alors circonstances exceptionnelles, par exemple la personne qui ne répond pas est à l’hôpital ou en Syrie) nous nous inquiétons de la santé de l’autre. Non, c’est moi qui vais mal, pas lui. Cela nous fait prendre conscience de notre égoïsme. Voilà ! C’est ça qu’on nous reproche. (Vous noterez ici que la pensée que l’autre puisse n’aller pas bien ne nous inquiète pas davantage, il nous permet simplement de prendre conscience d’un problème qui NOUS concerne. Ajoutons de l’égoïsme à l’égoïsme.)

Bon, maintenant que nous savons que la personne nous déteste : que faire ?

  • Faire une blague ? Non, nous serions encore plus lourds.
  • Il faut être « chilled » comme disent nos amis ici. Faire semblant d’être détendu. Enfin bon, vu qu’on parle de quelque chose de virtuel c’est un peu difficile d’avoir l’air chilled. Dans la vraie vie ça aurait été simple, il faudrait juste prendre un air nonchalant en mordillant un cure-dent, croiser les jambes et porter ses lunettes de soleil. Mais tout cela relève de l’évidence. Peut-être pourrait-on envoyer un emoji lunettes de soleil pour montrer qu’on est détendu ?
  • Prendre les devants et s’excuser. Oui mais de quoi ? Vous excuser d’être un chieur à tendance égocentrique ?  Non, trop risqué. Il ne faut pas dévoiler la vérité à l’autre si on n’est pas sûr qu’il s’en est rendu compte par lui-même.
  • Une seule option reste alors : dresser la liste de tout ce que l’autre fait de chiant, pour vous préparer à la rupture. C’est quand même très facile de trouver ses défauts. Un peu trop même. Pourquoi sommes-nous amis ? Vous le savez maintenant, cette personne est tout bonnement insupportable.

16 :52. On vous répond que le déjeuner tient toujours. D’ailleurs, tous les autres ont annulé, ce sera donc un tête-à-tête.

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Toujours se méfier des gens qui ont trop de mémoire

Cas typique n°1 :

Vous êtes en couple avec une personne dont la mémoire est extrêmement développée, contrairement à la votre (c’est tout juste si vous vous rappelez le prénom de votre grand-mère paternelle. Les clés n’en parlons pas, elles sont l’objet de votre retard permanent). Lors d’une dispute, l’aptitude accrue de votre partenaire peut se retourner contre vous : « Certes j’ai couché avec ton frère / ta soeur. Mais tu te rappelles le 23 mai 2011, quand tu as oublié de relever la cuvette des toilettes ?? Je n’ai rien dit à ce moment là. Connard. »

Cas typique n°2 :

Vous avez oublié de dire à votre ami que la soirée n’a finalement pas comme thème 20.000 lieues sous les mers. Arrivé avec un scaphandre sur la tête, il vous demande pourquoi tout le monde est en pantalon et tricot de corps. Vous lui assurez lui en avoir parlé mardi dernier pendant le déjeuner. Cette esquive est impossible avec un ami hypermnésique : il se rappelle parfaitement que vous ne l’avez jamais mentionné. D’ailleurs vous n’avez pas déjeuné ensemble, il avait rendez-vous à 12h46 avec l’équipe d’escrime sur gazon.

Conclusion : Entourez vous de personnes au QI médiocre.

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