Méthode prophylactique contre tensions Noëlesques

Je ne suis pas vraiment contre l’idée de recevoir des cadeaux. Je suis même plutôt pour. Mais à quel prix ? Au prix d’une activité anxiogène, qui nous met face à notre égoïsme le plus profond, et de laquelle nous ressortons mal dans notre peau, aigris, et surtout, appauvris.

Cette activité n’est qu’une succession de prises de décisions, qui commence par un une vigoureuse sélection : choisir qui va profiter de vos largesses. Forcés par la société de gâter parents et fratries (même ceux qui font régulièrement usage du terme « bibine » ou vous disent qu’ils vont vous « faire un petit message » pour vous dire qu’ils vont vous envoyer un SMS…), la question des amis est bien plus difficile à régler. On peut d’abord se référer à la jurisprudence Noël 2015, mais que faire en cas de changement de circonstances : une de vos connaissances s’est récemment confiée à vous sur la mort subite de son chien Edgard et, de ce fait, vous compte apparemment parmi ses amis proches… Cette promotion vous oblige-t-elle à lui offrir un cadeau ?

–          Que faire si elle vous offre un cadeau et que vous n’en avez pas ? Pour résumer, tu me rebats les oreilles de ton ami parti trop vite un jeudi soir que j’étais censé passer devant la rediff de l’amour est dans le pré et tu oses me faire culpabiliser de ne pas t’avoir considérée comme digne d’un cadeau.

–          Que faire dans le cas inverse ? Vous pouvez commencer par lui dire que c’est une connasse. Vous allez enfin pouvoir retrouver votre tête à tête avec Karine le Marchand sans passer pour un nombriliste.

Une fois passée cette épreuve, vous devez partir en quête de cadeaux médiocres : (il est en effet inutile d’essayer de trouver la perle rare, vous finiriez inévitablement par vous la offrir). La crainte d’offrir un bon cadeau à une personne que vous n’appréciez que moyennement se mêle à celle d’offrir un porte-clé Heineken à quelqu’un qui vous offre un assortiment de valises Louis Vuitton.

Après moult tentatives de dédramatiser en cas de déséquilibre trop important de cadeaux, après trop d’amis perdus (aussi bien ceux déçus par mes cadeaux pourris, ou ceux choqués par le dégoût que je n’ai pas réussi à cacher à la réception des horreurs qu’ils m’offraient), trop de stress post traumatiques s’éternisant jusqu’au mois de mars ; il m’a semblé bon de trouver une solution pour échapper à ce cataclysme. C’est ainsi que j’ai mis en oeuvre le plan MFDCN (mettons fin à la dictature des courses de Noël). Ce plan n’est efficace que si vous appliquez strictement chacune des trois étapes qui composent ce plan.

–          1. Déclinez toute invitation à des « Secret Santa » ou autres inepties. Eviter ce genre de réunions grotesques et infantilisantes vous permettra de ne pas avoir à acheter de cadeaux(Attention, sous aucun prétexte vous ne devez relâcher. Restez campé sur votre NON). 

–          2. Lors de la réception du cadeau, il vous suffit de répliquer avec affront « MERDE j’ai oublié ton cadeau chez moi, je te le ramène la prochaine fois ». Si, comme moi, vous craignez que vos amis se concertent, utilisez un seul mensonge par personne. L’excuse Amazon fonctionne plutôt bien aussi « Ces connards ne m’ont toujours pas livré ton cadeau » (très bon, l’insulte d’une tierce personne pour vous dédouaner). Attention à bien bluffer lorsqu’on vous donne votre cadeau : n’ayez pas l’air choqué que l’autre vous offre quelque chose. Par exemple, évitez de dire « OH, mais je ne savais pas qu’on s’offrait des cadeaux ». Vous vous feriez démasquer.

–          3. Application pure et dure de la loi du Talion. Faites vous plaisir et répondez à coups de bons de 10 euros chez Pimkie aux offreurs de merde.

Exception à ce plan : nous recommandons de ne pas appliquer la loi du Talion lorsque quelqu’un s’est vraiment foutu de votre gueule. C’est là que toutes les économies que vous avez faites prennent tout leur sens : achetez lui un magnifique cadeau pour l’humilier.

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